C’est un trou de verdure perdu au milieu du nouvel hopital de la ville de Mayenne. Dans cet enclos délimité par trois épais murs en pierre se dresse un calvaire. Des croix en ciment ébréchées, plantées en tous sens, perforent le sol comme des flèches abandonnees apres une longue bataille. Celle du temps qui efface tout. Quelques-unes - la grande majorité sont anonymes - portent une petite plaque en zinc retenue par un léger fil de fer, avec comme seules mentions un matricule et une année. Quelques crucifix brisés reposent sur le sol, derniers vestiges d’une histoire triste qui souvent dérange. Nous sommes dans le cimetière des fous.
On y enterrait jadis les malades de l’hôpital psychiatrique de la ville, loin des cimetières « normaux ». En ce jour de novembre 2025, il est le lieu d’une émouvante, pour Maxime Angot, 25 ans. étudiant en histoire au Mans. Bruno Lizée, président de l’association Patrimoine hospitalier de Mayenne, lui indique la tombe numéro 7, un emplacement dépourvu de croix où est enterré Victor Fontaine, son arrière-grand-père. « Je voulais découvrir son histoire, raconte Maxime. C’était un père absent dont ma grand-mère n’a aucun souvenir. Elle me disait : "Je ne l’ai pas connu", alors qu’il est mort quand elle avait 18 ans. Je ne comprenais pas. »
Isabelle von Bueltzingsloewen
Historienne

