Jean Louis Lucien SIZARET, 1897-1971

jeudi 11 juin 2026, par B Lizée

Troisième génération d’une dynastie de psychiatres qui en comportera cinq.



Jean Louis Lucien SIZARET, 1897-1971, médecin-directeur de l’asile départemental d’aliénés de Mayenne appelé ensuite hôpital psychiatrique départemental de Mayenne de 1929 à 1945.
Troisième génération d’une dynastie de psychiatres qui commence avec son grand-père Charles (1834-1905) et se poursuit jusqu’à sa petite nièce Catherine GAILLARD SIZARET (1948-).

"Et celui-là, avec la barbe, il est dangereux ? Je pense bien c’est le directeur." dessin de Rit offert à Jean Sizaret (années trente). Façade de l’hôpital de Mayenne. Collection Sizaret

Né le 3 février 1897, à Mayenne comme trois autres de ses frères et sœur, Jean Louis Lucien SIZARET est le quatrième enfant de Charles Jules Joseph SIZARET et de Marie-Louise Alexandrine Clémentine LUSLEY (du HAUT ROCHER). Son père Charles Jules Joseph dit Jules (1862-1943), thésé en 1888 , est alors médecin-adjoint de l’asile, poste qu’il occupe de 1891 à 1901. Antérieurement, il avait exercé deux ans à l’hôpital d’aliénés de la Marne. En 1901 il deviendra médecin-directeur de l’Asile Public d’aliénés de Saint-Yli (39) puis rejoint l’hôpital Saint Méen à Rennes (35) comme médecin-chef où il exerce vingt-cinq ans. Il est l’ainé des douze enfants de Charles dont cinq se prénommeront Charles comme leur père, on peut comprendre qu’il choisisse de se faire appeler par son second prénom Jules.

Charles dit Jules Sizaret (1862-1943)
Marie-Louise Lusley et Charles dit Jules Sizaret

Son grand-père Charles(1834-1905) est lui aussi médecin aliéniste : après avoir soutenu sa thèse en 1860, il exerce à Épinal (88) puis devient responsable du quartier d’aliénés de l’hôpital de Pontorson (50) en 1867. De 1872 à 1874 il est médecin-chef de l’hôpital de Dôle (39), rejoint l’hôpital de Fain-les-Sources (55) puis l’hôpital de Mareville (Laxou-Nancy 54) jusqu’en 1889 (son fils Jules y fera son internat de 1887 à 1889) ; de 1889 à 1894 il est médecin-chef de l’hôpital de Clermont dans l’Oise (60). Il est un des grands représentants de l’école de Nancy, avec la promotion de l’hypnose dans le traitement de l’hystérie ; il rencontrera à Nancy Sigmund Freud. Il partage sa retraite entre Pontorson (50, baie du Mont-Saint-Michel) et Paris.

Charles Sizaret (1834-1905), portrait anonyme, collection Sizaret.
Charles Sizaret (1834-1905)

Son frère, Alexandre Paul Auguste SIZARET (1892-1976), deuxième de la fratrie, également né à Mayenne, est médecin généraliste, d’abord à Pouancé (49) en 1920 puis à Fresnay-sur-Sarthe (72) en 1924. Il s’oriente ensuite vers la psychiatrie et devient médecin-directeur de l’hôpital de Lorquin (57) en 1930. En 1939 l’hôpital psychiatrique est réquisitionné par l’armée française pour être transformé en hôpital militaire, la majorité des pensionnaires sont évacués et dirigés vers d’autres hôpitaux : La Rochelle (17), Angoulême (16) et Montpon sur Isle (22). Un témoignage familial raconte que ses deux fils, Pierre Jules (futur psychiatre) et Claude, servent de brancardiers et que le transfert des patients se fait en wagons à bestiaux. Resté sur place pour s’occuper de cet hôpital devenu militaire, il quitte Lorquin en juin 1940, travaille à Angoulême (16) et rejoint l’hôpital de Saint-Gemmes-sur-Loire (49) en 1943. Il prend sa retraite à Mayenne, sa ville natale où vit sa fille Annie épouse de Jacques Lefeuvre, commerçant. Son fils ainé, Pierre Jules Sizaret s’engage en 1943 dans la première armée de de Lattre de Tassigny puis devient professeur de psychiatrie au CHU de Tours. Une fille de Pierre Jules, Catherine Gaillard Sizaret devient également psychiatre, cinquième génération de cette dynastie.

Alexandre Sizaret (1892-1976} remise de légion d’honneur.

Jean Louis Lucien SIZARET (1897-1971) est reçu à l’internat des asiles de la Seine en 1923 dans la même promotion qu’Alexandre Lamache [1] , il a pour maîtres Victor Truelle et Georges Heuyer, fondateur en France de la pédopsychiatrie. Après sa thèse de médecine Déséquilibre neurovégétatif dans certaines épilepsies en 1926, il prend le poste de médecin-directeur de Faims-les-sources (55) où son grand-père Charles avait déjà exercé. En 1929 il rejoint l’asile départemental de Mayenne (la Roche-Gandon) que son père Charles dit Jules a quitté vingt-huit ans plus tôt. Il occupe également entre 1939 et 1940 des fonctions de médecin-lieutenant dans un centre neuropsychiatrique des armées à Le Mans (72). Il est confronté pendant la guerre aux difficultés d’approvisionnement qui affectent les hôpitaux psychiatriques pendant l’occupation sur lesquelles il alerte sans relâche les autorités au sein de la commission de surveillance de l’hôpital voir l’article. Les carences alimentaires sont à l’origine d’une surmortalité dans tous les hôpitaux psychiatriques, à Mayenne le taux annuel de mortalité passe de 5,8% de la population soignée en 1939 à 17,6% en 1941. En 1942 il collecte une enquête auprès de trente-trois hôpitaux (sur quarante sollicités) recensant les taux de mortalité de 1939 à 1941, certains hôpitaux affichent un taux atteignant 43,9% Voir l’article . Cette étude alimentera les protestations et les démarches de la société médicopsychologique auprès des autorités gouvernementales . Cette enquête sera réitérée en 1944.
Dans la nuit du 8 au 9 juin 1944 vers 1h50 Mayenne subit un bombardement allié visant la gare de Mayenne qui fait trois cent quarante-cinq victimes. Il détruit l’hôpital civil à 80% avec cent dix victimes mais touche aussi l’hôpital psychiatrique avec dix-huit victimes parmi les patients, qui seront inhumés dans le cimetière de l’hôpital. Un fils du docteur Sizaret témoigne :
Mon père avait fait dessiner une grande croix rouge sur les toits de l’hôpital pour le signaler aux avions et creuser une tranchée dans le jardin pour se réfugier. La première bombe touche cette tranchée, heureusement c’est dans la cave que la famille s’était réfugiée.
Les toitures et les fenêtres avaient volé en éclats ; avant la mise hors d’eau des constructions, la famille et des groupes de patients sont accueillis dans des fermes des alentours. Cent soixante-quatre malades sont transférés à l’hôpital psychiatrique de Saint-Gemmes, hôpital dirigé par son frère Alexandre. Quarante-cinq d’entre eux décèderont dans l’année dont vingt-sept de cachexie voir l’article.
En avril 1945, il quitte Mayenne et devient médecin-chef à l’hôpital Saint-Méen de Rennes comme son père au début du siècle. Il prend sa retraite en octobre 1963. [2]

Jean Sizaret à l’internat de l’hôpital Sainte-Anne



A Mayenne le docteur Fauvel assurera l’intérim avant l’arrivée du docteur Deshaie qui précèdera Gaston Fellion nommé médecin-directeur en 1956.


[1Alexandre Lamache deviendra professeur en 1929 et chef de service de psychiatrie en 1937 à Rennes.

[2Ont été utilisés pour cet article : des entretiens avec la famille Sizaret que je remercie vivement, l’arbre généalogique de Marie France Sizaret sur Geneanet, Biographies mayennaises de Jean André transmis par l’association Patrimoine du pays de Mayenne. Les photos et illustrations proviennent de la collection de la famille Sizaret.




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